Publié le 25 Juillet 2011

Mise à jour du 4 décembre 2016 : Article dans le Paris Match n° 383 du 11 juillet 1956

Le mercredi 25 juillet 1956, à 23h10, à 45 milles au sud-est de l'île de Nantucket, le paquebot Italien "Andrea-Doria", (Voir l'article  "Paquebots "Andrea Doria" et "Cristoforo Colombo" : le luxe à l'Italienne") en route pour New York avec 1134 passagers et 572 membres d'équipage, est éperonné, par tribord avant, par le paquebot Suédois "Stockholm" en route pour Göteborg (Suède).
 

"Andrea Doria" - Carte Postale

L'"Andrea-Doria", paquebot de 210 mètres de long, appartenant à la compagnie Italian Line (visionner l'article consacré à l'Andrea-Doria et à son sister ship le Cristoforo Colombo) avait quitté Gène le 17 juillet 1956 et devait arriver le 26 juillet au matin à New York, au terme de sa 101ème traversée. Il franchit en début de soirée le bateau-feu de Nantucket et, à la vitesse de 22 noeuds, pénétre dans un épais brouillard dont il ne devait que partiellement sortir au moment du drame.
 

"Stockholm" - Carte Postale

Le paquebot "Stockholm" long de 160 mètres, mis en service en février 1948, pour le compte de la compagnie Swedish America Line, avait quant à lui quitté le port de New York le 25 en fin de matinée avec à son bord 534 passagers et filait à 18 noeuds.
Erreur d'appréciation, mauvaise interprétation des informations émanant des radars ? Quoi qu'il en soit, une certaine confusion régnait sur les passerelles des deux paquebots alors que la distance entre les deux navires diminuait. Ce n'est qu'au dernier moment, à travers le brouillard qui s'estompait un peu que les équipages comprirent, à la vue des feux de position de chacun des navires, que les bateaux allaient se heurter et malgré une manoeuvre désespérée, rien ne pu être fait pour empêcher la collision.
L'étrave du "Stockholm", effilée et renforcée afin de pouvoir briser les glaces nordiques, pénétra dans la coque du paquebot italien sur une profondeur estimée à 9 mètres et sur une largeur maximale de 17 mètres, ouvrant une brèche énorme à l'endroit où se trouvaient des cabines de passagers, crevant les ballasts et le double fond. L'eau s'y engouffra avec violence.
Les ballasts tribord et bâbord étant vides après huit jours de traversée, le navire prit immédiatement une gîte de 18°.
Le "Stockholm" prit lui aussi une gîte vers l'avant, faisant craindre au capitaine Harry Gunnar Nordenson, son commandant, un enfoncement irrémédiable. Heureusement, les portes étanches situées immédiatement après la zone sinistrée résistèrent.
30 minutes après l'abordage, le Capitaine Piero Calamai, commandant du paquebot Italien, prit la décision de faire évacuer son navire. Malheureusement, la gîte par tribord étant devenue trop importante, il fut impossible aux marins de manoeuvrer les bossoirs permettant la mise à l'eau des canots de sauvetage bâbord.
S'en suivie une certaine confusion parmi l'équipage, mal préparé à assumer une telle situation mais aussi parmi les passagers éparpillés dans le navire, essayant d'atteindre les ponts supérieurs pour certain, attendant dans les salons des directives, ou encore essayant d'échapper à des scènes de panique créées par la vue des canots tribord mis à l'eau. Canots qui rejoignirent tant bien que mal le "Stockholm" avec à leurs bords plus de marins que de passagers - situation qui créera une certaine polémique après coup.
Constatant la situation désespérée dans laquelle se trouvait son navire, le Capitaine Calamai fit lancer des appels au secours, afin que d'autres navires, et leurs chaloupes, puissent aider aux opérations de sauvetage. Le "Stockholm" avait bien fini par mettre quelques canots à l'eau, en conservant un certain nombre à bord pour la sécurité de ses propres passagers, et d'autres navires plus ou moins importants prêtaient main forte mais cela ne suffisait pas pour l'évacuation des centaines de personnes encore présentes à bord.

A quelques milles de l'accident, le baron Raoul de Baudéan, commandant du paquebot "Ile de France", de la Compagnie Générale Transatlantique, pris, après quelques échanges de messages radio, la décision de dérouter son navire afin de participer aux secours.

"Ile de France" - Carte Postale

C'est avec un énorme soulagement que dans la nuit, les personnes encore présentes à bord de l'"Andrea Doria" virent apparaître le paquebot Français qui brillait de tous ses feux. Les opérations furent menées avec dextérité et permirent, en plusieurs rotations, de recueillir 753 personnes. Au petit matin, une fois les opérations terminées, l'"Ile de France" mis le cap sur New York, qu'il avait quitté la veille, ne se doutant pas que le navire et son équipage y seraient reçus en héros.
A bord de l'"Andrea-Doria", une fois les passagers évacués, les marins restant eurent le plus grand mal à faire évacuer le Capitaine Calamai qui semblait vouloir rester jusqu'à la fin à bord de son navire. Et c'est de l'extérieur que ce dernier vit le paquebot sombrer à 10h09.
Sur place, outre le "Stockholm", étaient présents de nombreux navires dont certains avaient pu recueillir des naufragés; On pouvait aussi voir des hélicoptères chargés d'évacuer les blessés les plus gravement atteints et quelques petits avions qui survolaient le lieu du drame et depuis lesquels seront pris de nombreux clichés et images qui feront le tour du Monde.
A son tour, vers 10h15, le paquebot Suédois se mis en route vers New York, à allure réduite et ayant à son bord 545 rescapés.
Du superbe "Andrea Doria" ne restaient qu'une multitude d'épaves et quelques canots, en particulier ceux de bâbord qui s'étaient détachés alors que le paquebot s'enfonçait dans les flots.
A bord du paquebot Italien, le drame aura fait 43 victimes, passagers écrasés, pris au piège ou noyés dans les cabines situées au niveau de l'impact. Sur le "Stockholm", on comptera 5 victimes, des marins dont les logements se situaient le plus en avant du bateau. En outre, 3 passagers de l'Andrea-Doria décéderont après coup, dont une enfant jetée dans un canot par ses parents depuis les ponts du paquebot Italien. Un petit miracle cependant avec cette jeune fille qui se trouva transportée sur son lit depuis sa cabine, sur l'Andrea-Doria, jusque dans les décombres de l'étrave du Stockholm; Blessée mais vivante, alors que sa soeur, qui partageait la même cabine, trouva la mort au moment de l'impact.
A la suite d'un procès écourté, les deux compagnies, qui se rejetaient la responsabilité de l'accident, se verront obligées de créer un fond commun de dédommagement aux victimes et à leurs familles et à prendre en charge une partie des frais liés à la réparation du paquebot pour la Compagnie Suédoise (estimés à 2 millions de $) et à la perte de son paquebot pour la Compagnie Italienne (de l'ordre de 30 millions de $).
Tout comme le naufrage du Titanic qui avait fait évoluer la législation maritime à son époque, la catastrophe de juillet 1956 entraîna la modification de certains points comme l'obligation donnée aux compagnies maritimes de mieux former ses équipages à l'utilisation des radars (dont la technologie sera améliorée) et l'obligation pour les navires devant se croiser de se signaler par radio.

Sources : "Le drame de l'andrea doria" de Alwin Moscow et "SOS...SOS Andrea-Doria" de William Hoffer

Carte Postale du naufrage

Le naufrage en photos :

Telex Italian Line, bureaux de Boston, du 26 juillet 1956, 11h15, annonçant aux Siège New-yorkais que le paquebot a sombré à10h09

Magazines :

Magazine Life Vol. 41 n°6 du 6 août 1956 dédicacé par Walter Lord. (Walter Lord (8 octobre 1917 - 19 mai 2002) auteur et historien Américain, est plus particulièrement connu pour avoir écris "A night to remember" qui raconte dans le détail la nuit du naufrage du Titanic, bateau pour lequel il avait une passion. Le livre publié en 1955 connaîtra un grand succès).

Paris-Match n° 382 du 4 août 1956

Paris-Match n° 383 du 11 août 1956

Jour de France du 4 août 1956

EPOCA (revue Italienne) 5 agosto 1956

Life Magazine vol. 41 n° 12 du 17 septembre 1956

EPOCA (revue Italienne) 7 ottobre 1956

Science et Vie n° 471 - Décembre 1956

Revue "The Titanic Commutator" Volume 15 - n°4 - 1991/1992 Numéro spécial consacré à l'"Andrea Doria" et au "Stockholm"

Carte Postale éditée en 1993 pour les 40 ans de la 1ère transatlantique de l'"Andrea Doria"

Vue de l'"Andrea Doria" au fond de l’océan. Peinture de Ken Marschall en 2005 (Peintre Américain connu pour ses peintures de paquebots et plus particulièrement du "Titanic" dont il est un grand spécialiste.

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Rédigé par Gérard

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